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La p’tite prose à Marjo (publié par Philippe)

jeudi 4 juillet 2019, par Philippe Dantec

Par quoi commencer ? Tant de choses à raconter, ma tête est encore pleine de plein d’images et d’émotions.

Tout a commencé comme d’habitude à l’inscription il a quelques mois, la course parait loin c’est encore flou mais déjà on pense à la distance (jamais réalisée auparavant). Et puis le plan d’entraînement arrive fin mars, c’est déjà plus concret ça nous parle. Il débute le 25/03 et se terminera 14 semaines & 900km plus tard, mais ça on ne le sait pas encore car on découvre le plan au fil de l’eau et c’est très bien comme ça. Au fil des semaines ça se concrétise on s’approche de la date, on commence à parler logistique, matériel, ravitos etc….depuis plusieurs semaines on court déjà la distance 90-95-96km hebdo, ça me rassure (je sais faire, mais est-ce que je vais y arriver sur 1 seule journée ??? pas sûre). La météo des jours qui précèdent ajoute un peu d’inquiétude et de questionnement, toutefois j’ai déjà connu ça à la Réunion sauf que là on part à 15h et pas à 4. Bref, c’est du trail, c’est comme ça, l’environnement fait partie de la course et des paramètres à considérer certes mais totalement incontrôlables. Il faut déjà se satisfaire des 1ers objectifs atteints :
1. Ne pas se blesser en cours de prépa => atteint
2. Être sur la ligne de départ => atteint
3. Profiter du cadre => aucun doute ce sera beau
4. Passer la ligne d’arrivée => on verra bien ………..
Le jour J arrive il fait chaud sur Vannes mais rapidement la température baisse de 10° sur la route vers Arzon, me voilà rassurée. C’était sans compter sur le report de 2h annoncé au dernier moment, je suis fâchée (j’ai mangé à midi c’est finalement trop tôt, je vais courir encore plus de nuit est-ce que je vais supporter etc etc). Enfin le rassemblement de mes 5 acolytes sur la ligne, nos suiveurs Dom-Thierry et le papa de Ludo en photographe officiel. Le cœur bat fort, coup de pétard et c’est parti. Il fait finalement plus chaud que 2h avant, il va falloir partir doucement. Plus facile à dire qu’à faire ! Heureux d’être enfin ici, nous voilà partis. Quelques heures plus tard Eric me demande de le laisser car il n’a plus de jus, il a faim. Je repars donc en triplette avec Aurélie & Tof. Ludo derrière pour rester dans son rythme, la suite lui donnera raison.
Je décide de scinder ma course en 2 et de ne penser qu’aux 48 premiers Km. Je n’ai aucun doute sur cette partie je sais faire. Je suis également assez confiante pour les km suivants (48=>60), nous sommes entraînés pour ça. Pour autant je me décide à commencer très tôt le Cyrano en mode 19-1 au bout de 2h. Au 40èm quel plaisir de voir les copains du 36 venus spécialement nous encourager, puis au 48èm nos suiveurs (Julie & Nico en +) hyper organisés nous ont préparé un truc aux petits oignons telles des teams pro. On se change, on mange un peu, on prend des forces et on se fait bouffer par les moustiques……nous revoilà partis tous les 3. On remet les pendules à 0 il nous reste un marathon. 40 km dont je sais qu’ils seront de + en + difficiles à encaisser, les cuisses sont déjà raides et la lumière diminue. Au ravito Thierry me confirme que tout va bien pour Ludo et Eric. Je les imagine réunis pour terminer ensemble 15/20 min derrière nous, nous sommes toujours 6 en course. De temps à autre j’ai une pensée pour Alain loin devant, admirative que je suis de voir à quelle vitesse il survole cette course.
Seulement quelques km après le 48 je sens que je n’ai plus les jambes pour suivre Aurélie et Tof très en forme, je lève le pied car c’est loin d’être terminé. J’enchaîne les Km seule et retrouve finalement Tof vers le 60èm qui a largement été ralenti par un genou douloureux. Aurélie toujours devant, toujours en forme et moi qui commence à piocher, de + en + envie de marcher. Je décide de revoir mes intervalles à 14-1 pour garder du jus. Plus que 8km et on revoit nos suiveurs, il faut tenir bon ne pas flancher. Il fait noir, de moins en moins d’encouragements dans les rues, c’est dur. Je marche beaucoup et de + en + longtemps (+ que la minute à laquelle j’ai « droit ») et c’est pas bon. Enfin le 68 en vue : repas, fringues sèches et encouragements nous attendent. Arrivée devant le buffet même plus faim, plus envie de rien. Heureusement les suiveurs sont hyper motivants. On m’annonce qu’Aurélie est arrivée 10’ avant et qu’elle vient de repartir ………j’ai vraiment traîné la patte. Je prends le temps qu’il faut mais pas trop quand même, Tof arrive quelques minutes derrière mais pas tant que ça. On m’annonce qu’Alain est 4èm de mémoire, trop fière de lui. Tellement convaincue que Ludo & Eric continuent derrière je ne demande même pas de nouvelles. Je repars avec la musique car la solitude et la nuit pèsent sur mon mental. Trop vite, j’ai oublié de faire le vide de ma poche à eau, ça m’agace mais j’enchaîne les Km car je suis bien. Même plus envie de marcher. Nouvelle décision : scinder ma course en 4*5km, 20 c’est trop pour la tête. Au 74èm je m’arrête faire le vide d’air je n’en peux plus de ce bruit de fond. Décision ridicule car je sais qu’au 76 il y a un point d’eau je serai plus à l’aise. Bref, c’est fait. Au 75,5 ma frontale clignote signe que la batterie est HS, sur une plage dans le noir pas terrible. J’attends le 76 pour le faire et revoilà Thierry toujours présent & Eric ……je mets 2 minutes à réaliser qu’il est là à coté, pas du tout habillé en coureur, je ne comprends rien. Je suis vraiment fatiguée. Il m’explique rapidement son abandon depuis plusieurs heures déjà, j’ai les boules. Heureusement que je ne l’apprends que maintenant sinon ça m’aurait plombée. Je repars difficilement, toujours dans le noir, toujours seule, je sais qu’on fera le dernier km ensemble ce sera mon nouvel objectif. Ca veut dire 12km….non pas 12, 2*5+2 !! Je reprends les 14-1 et me dis qu’en 14 minutes j’avance de 2km, ça devrait passer vite. La fatigue et l’envie de dormir dominent et je me trompe de route au 80èm, rattrapée par le coureur de derrière nous cherchons ensemble quelques minutes pour reprendre le tracé normal. Je ne reste pas longtemps avec lui et me retrouve de nouveau seule, je calcule : plus que 8k, moins d’1h, 4 intervalles de 14’, 8 bips à ma montre (1 par km)…… avant de retrouver Eric sur le port. Je compte les bips en compte à rebours pour rester positive et voir le chiffre diminuer. Qu’est-ce qu’il faut inventer comme méthodes complètement nase pour continuer à avancer quand le corps dit « stop », quand le cerveau dit « je veux dormir » et que moi je pense « être finisher ». J’imagine Aurélie déjà arrivée, Alain déjà douché ! je sais que Tof & Ludo sont encore en course derrière. Je pense à Didier sur 177km qui doit aussi souffrir évidemment mais qui n’arrivera que demain. Je me trompe une nouvelle fois au 84èm et laisse l’occasion à la 5èm femme de me passer avec son mari comme lièvre. Il va d’ailleurs me talonner 2km avant qu’elle ne lâche cette phrase « laisse tomber je n’en peux plus », ALLELUIA. Avec une envie de marcher grandissante et une envie profonde de conserver ma 4ème place coûte que coûte, j’ai avancé 2km comme un robot. Il ne reste plus que 2km avant le port mais j’ai fait l’écart, je peux enfin remarcher j’en ai besoin, la trouille au ventre qu’elle me rattrape car je ne pourrai pas lutter. Je compte les bips de ma montre et je sais que le dernier sera juste avant la ligne sur le port. Je vois enfin l’arche rose, Eric au rendez-vous sur le dernier pointage avant l’arrivée, je suis lessivée, j’ai envie de vomir depuis plusieurs km déjà. On part tous les 2 vers la ligne, tellement déçue qu’il vive ce moment en spectateur. Nous sommes vite rejoints par Dom & Elo qui m’encouragent à fond, allant même jusqu’à me donner le chrono, ma position, je suis 4ème Aurélie 2èm un truc de fou et si j’avance encore plus je passe sous la barre des 10h30, j’entends le tant attendu dernier bip……alors je joue le jeu, je surmonte mes dernières douleurs pour passer ce foutu tapis en moins de 10h30 et tomber dans les bras d’Aurélie qui m’attend et que je n’ai pas revue depuis presque 30km ! Impressionnante, toujours devant, encore devant ! Je suis tellement contente pour elle, fière de nous, de notre perf d’avoir tenu bon malgré la douleur et la fatigue EXTREME. Alain est là également arrivé plus de 2h avant ….sans commentaires ! Tof rejoint la ligne moins d’ 1/2h après Aurélie malgré son genou toujours douloureux il a tenu jusqu’au bout n’a rien lâché. Déçus de ne pouvoir attendre Ludo plus longtemps à cause du froid nous prenons des nouvelles par son papa qui nous confirme qu’il avance encore. Je sais qu’il ira au bout et j’avoue être impressionnée par son mental. Il est finisher en 13H21 avec un entraînement amputé de plusieurs semaines et de pas mal de KM pour blessure, chapeau bas Ludo pour ton abnégation.
Pour résumer tout ça en quelques mots : l’ultra c’est dur, je n’ose imaginer de faire plus que ce 90 un jour. L’ultra c’est de l’expérience, bcp d’expérience pour aller chercher tout au fond de soi les ressources et les motivations pour continuer à avancer. C’est aussi des grands moments de partage, des émotions décuplées que seuls les pratiquants (peu importe la distance) peuvent comprendre. Des souvenirs inoubliables et uniques et c’est pour ça qu’on recommence, toujours et encore malgré la douleur.
Merci à DOM pour cette prépa qui nous a emmenés au bout.
Merci à PHILIPPE pour toutes les prépas et les trails qui ont précédés et qui ont largement contribué à ma réussite.
MERCI MERCI et encore MERCI à ceux qui nous ont soutenus, accompagnés, de près ou de loin.
MERCI à toutes les petites grenouilles qui ont chanté toute la nuit et qui m’ont permis de penser à vous tous.
Alors à la question C’EST QUOI LE PLUS DUR, MONTAGNE OU PLAT ?
Les 2 mon capitaine : les côtes ça fait mal, la régularité du plat aussi !

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